Mère au foyer et féministe

Voilà des mots que je ne vois pas souvent écrit, ou même juste prononcé, ensemble… Mère au foyer et féministe, on dirait que pour la majorité des gens c’est complètement antinomique.

 

Mais d’abord, c’est quoi être féministe ?

De manière (très) simplifié, nous dirons que c’est vouloir l’égalité avec les hommes dans tous les domaines… Que ce soit juridique, politique, économique, culturel, social mais aussi, bien évidemment, personnel.

 

Vouloir l’égalité donc mais aussi la liberté.

 

La liberté dans tout… Etre célibataire ou en couple, se marier ou pas, avoir des enfants ou pas, porter ce qui nous plait, penser ce que l’on veut, faire ce que l’on a envie de faire, travailler ou élever ses enfants…

 

Etre libre sans avoir peur. Etre libre sans que l’on nous manque de respect, que l’on cherche à nous discréditer, à nous humilier, à nous diminuer, à nous utiliser, à nous violenter.

 

Très (très, très, très…) souvent, quand on sait que je suis mère au foyer, lorsque je dis au cours d’un échange que je suis féministe ou que, le plus souvent, j’argumente contre les propos bien machistes auxquels nous avons souvent droit, ça sourit… Voire carrément, ça rigole.

 

Mère au foyer et féministe, apparemment, ça ne va pas ensemble.

 

Sous prétexte que j’ai choisi de rester à la maison pour m’occuper de mon foyer et mes enfants, je ne peux pas sortir les griffes, révoltée par l’idée que les femmes touchent un salaire inférieur d’environ 20% pour un même poste que les hommes ?

Je ne peux pas être scandalisée qu’il y ait si peu de femmes au gouvernement, qu’on ne pense majoritairement qu’à foutre des nanas à poil dans les publicités que ce soit pour vanter les mérites d’une voiture, d’un parfum ou d’un jus de fruits, que les manifestations sportives féminines soient moins diffusées, que certains postes soient pratiquement inaccessibles à des femmes, que les femmes aient si peur d’être agressées qu’elles adaptent leur façon de s’habiller et de sortir ?

Et la liste est loin d’être terminée…

 

Et bien, pourtant, la mère au foyer que je suis est profondément en colère à propos de tous ces sujets, et encore bien d’autres, concernant les femmes.

 

Je ne suis pas mère au foyer parce que je ne sais rien faire d’autre (n’en déplaise aux mauvaises langues).

Je ne suis pas mère au foyer parce que je ne peux rien faire d’autre.

Je ne suis pas mère au foyer parce qu’on me l’impose.

 

Je suis mère au foyer parce que je suis une femme libre de mes choix et que j’ai envie de l’être.

Etre mère au foyer me rend aussi heureuse que celles qui s’épanouissent dans leur carrière professionnelle.

 

Pour ceux et celles qui confondent… Je suis mère au foyer, pas bobonne à la maison.

 

Je m’occupe de mes enfants et de mon foyer.

 

Pour être plus précise, puisque c’est toujours au niveau du couple que les remarques fusent… Je choisi, chaque jour, de vivre avec mon mari, pas pour lui et, si je n’étais plus heureuse avec lui, je ne me sentirais pas obligé de rester. 

 

Je ne pense pas, comme on me le dit souvent, que j’ai « de la chance d’avoir un mari comme lui », qui partage mon point de vue, mes idées, mes valeurs… J’ai peut-être eu celle de le rencontrer, c’est vrai, mais j’ai cherché et choisi de faire ma vie avec quelqu’un comme lui.

Si ça avait été un type qui pense autrement, je ne l’aurais tout simplement pas épousé. 

 

Je suis à la maison, il travaille mais je suis son égale.

 

A partir du moment où, en tant que couple, nous avons été d’accord tous les deux et qu’il nous est possible de vivre ainsi, je n’ai pas à lui demander la permission pour sortir, acheter ceci ou cela, voir ceci ou cela, faire ou ne pas faire…

 

Mes choix, mes décisions, mes envies, ma vie… Avec lui, avec respect et échange, mais ma vie quand même.

 

Ma liberté m’est extrêmement précieuse, je l’ai toujours farouchement défendu (parfois difficilement dans une famille méditerranéenne, avec d’autres idées) et je continuerai à le faire.

 

J’explique souvent, très souvent à mes filles… Qu’elles sont capables, qu’elles doivent se donner les moyens, qu’elles pourront faire ce qu’elles veulent un jour… Qu’il faudra toujours se battre pour cette égalité et cette liberté, pour elles et pour les autres.

Alors, quand j’entends ma fille ainée s’insurger sur des différences faites entre les filles et les garçons à l’école, je suis heureuse de voir que le message est passé.

 

Je suis navrée si ce billet semble un peu décousu, je m’emporte vite sur ce sujet et j’aurais tant à dire…

 

Pour finir, je veux juste vous dire chères lectrices… Vous n’êtes pas juste la fille de, la femme de, la copine de, la sœur de, l’employée de… cet homme-là ou celui-ci.

Vous êtes vous, sublimement vous, votre vie vaut autant que celle d’un homme et vous méritez le respect, le bonheur. Vous avez le droit ne dire non, d’être scandalisée, révoltée, libre, féministe… Mère au foyer ou pas. 

8 commentaires

  • MamaFunky dit :

    Je suis à la maison moi aussi. Ce n’a pas été un choix à la base. Et finalement, je pense qu’un jour ou l’autre j’aurai tout envoyé péter. J’aime m’occuper de mon foyer. Et j’aime surtout être là pour mes enfants quand ils en ont besoin.
    Après, comme dans tout job, il y a des choses qui me soulent dans le fait de gérer mon foyer au quotidien. Mais je le fais avec plaisir malgré tout car j’ai cette liberté là, à côté.
    Alors je ne sais pas si je suis féministe. Comme toi il y a pas mal de choses qui me choque dans l’égalité homme/femme… Mais je ne vois rien d’incompatible entre être femme au foyer et féministe.

  • Julie BAYONNE dit :

    BRAVO !!

  • Claire dit :

    Je suis à la maison par choix, je dois reprendre en septembre par obligation : fin de l’indemnisation du congé parental et pas les moyens de rester encore à la maison même si je préférerai.
    Mais bien sûr que je suis égale à mon mari sinon il ne le serait pas
    Moi je suis maman de 3 garçons mais je leur apprends qu’une fille est l’égale d’un garçon, ça me semble tellement important dans ce monde trop machiste.
    Comme toi ça me met en colère toutes les inégalités
    Si c’est être féministe alors je le suis et mère au foyer aussi

  • Aurelie dit :

    Bravo pour la mère au foyer que je suis je te remercie pour ton article car oui c’est un choix et oui je suis féministe aussi

  • Émilie HS dit :

    Vos mots résonnent et sont d’une justesse ! Juste merci, merci et merci !

  • Anne laure dit :

    Mais merci. Vraiment. J aurais pu écrire cela. Merci de l avoir fait

  • Marie dit :

    Bonjour, c’est par Céline Malle aux trésor que je vois votre article, merci ; d’abord je suis tout à fait d’accord avec vous, je ne vois absolument pas le rapport entre féminisme et mère ou foyer ou pas, vous avez raison ! Je suis parisienne, j’ai 36 ans et 2 enfants, et cependant personnellement je n’ai pas eu de choix : financièrement ce n’était pas possible pour moi d’être au foyer. Si c’était un vrai choix, cela pourrait l’être pour toutes ou tous. Je ne regrette pas d’avoir retravaillé, mais si j’avais vraiment eu un choix, je n’aurais certainement pas repris à 3 mois et demi pour mes deux enfants, mais plus tard.
    Ce qui me pose problème dans cette situation de foyer, c’est la dépendance financière, je vous explique pourquoi : ma mère était au foyer, elle a suivi mon père 15 ans à l’étranger pour son travail, et ils sont restés 37 ans mariés. Ils s’adoraient. Or, il y a 2 ans, il est parti avec une autre femme (plus jeune évidemment). Pourtant, je peux vous dire qu’à leur âge, et grands parents, et vu leur couple, personne ne se serait douté d’une chose pareille. Au-delà de la tristesse infinie de ma mère, et de nous, il y a un énorme problème : depuis quelques années, les pensions des femmes dans le cas de ma mère sont calculées sur 8 ans et non plus à vie. Je ne sais pas si vous imaginez la catastrophe et l’angoisse… que fera ma mère dans 8 ans ? Elle ne va pas se mettre à travailler à 60 ans, et pour faire quoi ? Pour moi le féminisme passe donc aussi en grande partie par l’indépendance financière. Et on ne peut pas dire « mais mon mari est dépendant de moi, on fonctionne à deux, je m’occupe de tout le reste » car je peux vous dire que mon père qui n’avait jamais rien fait de sa vie en terme de ménage ou de cuisine ou autre a très vite pris le pli. On peut apprendre à se faire cuire un oeuf ou cuisiner à 60 ans, à payer ses impôts ou organiser ses vacances, mais apprendre un travail, ou démarrer une carrière, une autre vie…. c’est très compliqué. Alors je ne sais pas, la solution serait peut-être d’indemniser les femmes (ou hommes il y en a de plus en plus) au foyer peut-être ? Ou enlever cette loi qui réduit à 8 ans les conjoints qui sont restés à la maison pour s’occuper des enfants ? Et déjà faire en sorte que cela puisse être un choix et non une obligation ou un privilège.
    Ah et juste une dernière petite chose, en travaillant on est aussi stigmatisée comme vous le savez, toujours en tant que femme de toute façon, (« quoi, tu mets ton enfant à la crèche à 3 mois »), et la petite phrase que je lis dans un commentaire plus haut « j’aime surtout être là pour mes enfants quand ils en ont besoin. » m’attriste un peu, car je travaille à plein temps mais évidemment que je suis là et aime être là pour mes enfants quand ils en ont besoin et que jamais je ne courrais au bureau alors que mon enfant a besoin de moi, étant malade ou autre ;) Merci de m’avoir lu :)

  • Je ne suis pas au foyer mais je suis bien d’accord. La première liberté c’est celle de ses choix.

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