Ce que nous sommes

Je m’appelle Patricia. J’ai 36 ans. Je suis d’origine espagnole et portugaise, née en France, à Paris, dans le 11ème.

 

Je suis parisienne, je suis Française et j’aime ça.

 

J’aime croquer dans ma baguette encore chaude, m’installer pour boire vite fait un petit café au comptoir d’un troquet et, au moindre rayon de soleil, déjeuner en terrasse d’un bistrot.

 

J’aime me promener dans cette ville comme dans un musée en plein air, les yeux bien ouverts pour contempler les beaux immeubles, les monuments et, selon où je me trouve, apercevoir de temps en temps, cette chère Tour Eiffel.

 

J’aime aller d’un quartier à l’autre, passer d’une ambiance chic à une plus bohème, traverser la Seine grâce à l’un de nos si jolis ponts.

 

J’aime savoir que j’habite dans la capitale de la mode, de la gastronomie, la cité de l’amour.

 

J’aime voir des visages différents, entendre parler autant de langues qu’il existe de pays.

 

J’aime que la culture soit accessible à tous, pouvoir lire n’importe quel bouquin, écouter n’importe quelle musique, voir n’importe quel film.

 

J’aime profiter des parcs et de balades sur les quais avec mes enfants.

 

J’aime mettre une mini jupe et des talons hauts si j’en ai envie, avoir les cheveux aussi rouges que mes lèvres si cela me plait.

 

J’aime pouvoir embrasser mon homme en pleine rue, dire merde aux cons, sortir entre amies.

 

J’aime savoir que je pourrais aimer une femme sans que ça ne change rien.

 

J’aime faire du shopping le matin, une expo l’après-midi et un ciné en soirée.

 

J’aime voyager.

 

J’aime aller au resto, boire un verre, voire m’enivrer de temps en temps, chanter, danser, rire.

 

J’aime pouvoir m’exprimer.

 

J’aime être libre d’être celle que je suis.

 

 

C’est pareil pour mes amis, j’imagine que ça l’est pour vous aussi.

 

Je ne suis pas croyante.

 

Parmi mes amis, il y a de tout… Des cathos, des musulmans, des protestants, des juifs et des athées.

 

La religion, tout comme l’ethnie, n’a jamais été un critère de sélection pour mon amitié, mon amour, mon respect.

 

Vous qui me lisez, je ne sais pas si vous êtes croyants ou pas et, sans vouloir vous blesser, je m’en fous complètement.

 

Ce qui compte pour moi, c’est ce que nous sommes.

 

Libres.

 

Respectueux les uns des autres, que l’on ait les mêmes goûts, les mêmes idées, les mêmes croyances ou pas.

 

Si vos croyances, vos convictions, vous font du bien et ne font pas de mal, alors ça me va.

 

 

En janvier, lorsque Charlie a été attaqué, ainsi que l’hyper casher de Vincennes, j’ai été révoltée, extrêmement triste et très en colère mais, et merci de bien lire chaque mot, même si je ne le partage pas, même si je ne le tolère pas, même si je le vomis, même si je ne le défends pas… J’ai pu « comprendre » le raisonnement de ces monstres qui était expliqué dans les médias, à savoir que d’un côté c’était parce qu’ils s’étaient sentis insultés par les caricatures et d’un autre parce qu’ils ne faisaient que continuer la guerre contre Israël.

 

Seulement voilà, vendredi 13 Novembre 2015, ce « raisonnement » a volé en éclats… Parce que ce n’est pas nos croyances ou notre absence de croyances qu’ils ont attaqué, ce n’est pas pour se défendre de quoi que ce soit…

 

Ce qu’ils ont tenté, ces barbares, c’est détruire ce que nous sommes.

Tous ensemble et chacun de nous.

Ce que nous représentons… La liberté et la preuve qu’il est possible de vivre ensemble.

 

J’ai beaucoup pleuré ce week-end. J’ai passé mon temps à faire défiler mon fil Twitter, à regarder les infos. Bien sûr, comme tous, j’ai vérifié que mes proches allaient bien et j’ai presque eu honte d’être soulagée à chaque fois qu’on me le confirmait. J’ai pensé à toutes ces victimes, à leurs familles, leurs amis… J’y pense encore à chaque instant.

 

J’ai beaucoup pleuré, et plus encore en comprenant tout ça, que ces pauvres gens n’étaient « coupables » de rien si ce n’est d’être au mauvais endroit au mauvais moment, de profiter et d’être juste eux, avec leurs goûts pour la musique, pour un resto entre amis… D’être libres.

 

Ca aurait pu être moi. Ca aurait pu être vous. Ca pourrait être nos enfants, demain.

 

J’ai dû expliquer à ma fille ce qu’il s’était passé. Ca a été très difficile parce que bien sûr, elle m’a demandé « Mais pourquoi ? Pourquoi ils ont tué ces gens ? Pourquoi ils ne les aiment pas ? Pourquoi ? »

Il a fallu trouver les mots, les réponses… Essayer tout du moins.

 

Et puis elle a demandé : « Est-ce que ça veut dire qu’on va devoir arrêter d’être libre ? » et là, je n’ai pas eu besoin de réfléchir pour lui répondre…

 

NON. JAMAIS.

 

C’est difficile, j’ai peur, bien sûr que j’ai peur.

Comme la plupart d’entre vous, je suis terrifiée.

Ce matin j’ai vu partir mon mari pour le centre de Paris et j’ai déposé mes filles à l’école, l’estomac plus que noué… Mais, il faut prendre le temps de se remettre sur pieds, se relever et continuer à vivre, rire, écrire, chanter.

 

Parce qu’il est hors de question de les laisser, ne serait-ce qu’un tout petit peu, entamer ce que nous sommes.

 

Parce que je ne sais pas vous mais moi je souhaite, plus que tout, qu’un jour mes filles, nos enfants, puissent dire qu’ils aiment croquer dans une baguette encore chaude, s’installer pour boire vite fait un petit café au comptoir d’un troquet et, au moindre rayon de soleil, déjeuner en terrasse d’un bistrot… Qu’ils aiment être libres d’être ce qu’ils sont.

 

 

 

© Dessin Charlotte Rule

1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.