C’est déjà bien

Entre deux escapades l’été dernier, j’avais rendez-vous avec mon médecin gynécologue pour discuter des résultats de mes derniers examens.

 

En m’installant dans le fauteuil devant son bureau, et en le voyant froncer les sourcils en lisant les fameux résultats, j’ai tout de suite su que quelque chose clochait.

 

Il est plutôt très souriant d’habitude, alors forcément…

 

Il m’a tout de suite posé la question : « Envisagiez-vous, à plus ou moins long terme, une nouvelle grossesse ? ».

 

J’ai immédiatement répondu par l’affirmative parce que si vivre en maison ou en appartement, en ville ou en banlieue, mariés ou pas, pouvaient, depuis notre rencontre, être sujets à discussion avec mon cher et tendre… Avoir 3 enfants, non.

On désirait tous les deux une famille nombreuse mais pas trop… 3 bambins, 3 minis, on trouvait ça parfait. 

 

Il s’est lancé dans des explications que je n’ai ni l’envie, ni vraiment la capacité d’écrire ici tant il a utilisé de termes « techniques » pour me faire part de ce qu’indiquait les fameux documents qu’il tenait dans les mains.

Quand il a fini, je lui ai d’ailleurs simplement demandé : « Et donc, ça signifie que ? »

 

« Que désormais, que vous réussissiez à concevoir un enfant naturellement serait un vrai petit miracle ».

 

Vlan. Adieu bébé.

 

Il a tout de suite enchaîné avec les différentes possibilités à étudier dans le cadre d’une procréation médicalement assisté mais en me précisant que, si l’on voulait se lancer là dedans, il fallait faire vite.

 

J’ai tout bien écouté bien sûr même si je dois dire que j’étais sacrément chamboulée.

 

Il a dû le remarquer parce qu’il m’a dit, très gentiment : « Et puis, si vous ne préférez pas vous lancer dans une pma, dites vous que vous avez deux enfants, c’est déjà bien ».

 

C’était le premier d’une longue série.

Depuis, à chaque fois que nous en parlons, que ce soit à nos proches ou à des professionnels de la santé, nous y avons droit.

 

« C’est déjà bien ».

 

Evidemment, on ne nous le dit jamais méchamment, au contraire, c’est clairement pour nous inciter à voir le verre à moitié plein plutôt que l’inverse…

 

« Tu as deux filles superbes, c’est déjà bien »

« Avec tous les gens qui ne peuvent pas avoir d’enfants, vous avez la chance d’en avoir deux, c’est déjà bien ».

« Avoir deux enfants c’est déjà bien, c’est suffisant et idéal pour la plupart des activités et autres, la famille parfaite, il ne manque que le chien ! ».

 

 

Je sais.

Je sais que j’ai la chance d’avoir deux petites filles adorables, drôles et jolies.

Je sais qu’il y a des femmes qui aimeraient avoir cette chance-là.

Je sais qu’il y a des femmes, des couples qui, chaque jour, espèrent plus que tout voir s’afficher les deux petits traits d’un test de grossesse, même si ça ne devait arriver qu’une seule fois.

Je sais que deux enfants, pour beaucoup de gens, c’est l’idéal.

Je sais.

Je sais, je le comprends parfaitement, je compatis vraiment.

 

Mais voilà, ce n’était pas mon idéal, ma vision de la famille parfaite.

Pour moi, ce n’était pas suffisant. Bien sûr que c’est bien… mais ce n’est pas « déjà bien ».

 

Pour moi, c’est douloureux.

Pour moi, c’est comme une trahison de plus de ce corps avec lequel j’ai déjà tellement de mal ces dernières années.

 

Alors, je n’en parle plus.

 

Je vois passer et j’entends les annonces de grossesses, je souris, je félicite avec mon noeud à l’estomac.

J’encaisse les « Alors, c’est pour quand le petit troisième ? » des ignorants et les « Mais c’est sûr ? C’est pas possible, tu sais moi… Tu devrais… » des qui-se-croient-savants.

 

Je retiens mes larmes en écoutant mes deux chipies discuter d’une éventuelle nouvelle répartition des chambres quand maman aura un nouveau bébé…

 

Aujourd’hui, pour diverses raisons, nous savons que nous ne nous lancerons pas dans une pma…

Ce serait donc un vrai petit miracle qu’un bébé vienne prendre la place que nous lui avions réservé et, comme j’ai encore du mal à l’encaisser, je ne l’ai pas expliqué à mes deux jolies.

 

Je le ferai un jour bien sûr… J’ai juste besoin d’attendre de pouvoir entendre des « déjà bien » sans avoir envie d’hurler.

8 commentaires

  • Oh… Je t embrasse bien fort. Effectivement parfois à vouloir être réconfortant, ça devient maladroit.
    Gros bisous (et j’adore ta photo d empreintes)

  • Claire dit :

    Je suis désolée de lire ça. En effet si votre idéal de famille est de 3 enfants, entendre c’est déjà bien est douloureux.
    Je vous souhaite du courage pour l’attente et la pma.
    Ayant mis 2 ans et demi avant d’etre enceinte de mon premier, je sais combien c’est difficile à encaisser.
    Courage à vous 2

  • Manu (Esteolia) dit :

    Avant même de le concevoir, on l’aime ce petit bout, alors c’est tellement dur…
    Je ne suis pas superstitieuse, toi non plus je crois d’ailleurs, mais quand ça m’arrange, je veux bien ;-D, alors en ce vendredi 13 porteur de chance, je vous souhaite du fond du cœur un bébé surprise……
    ❤️❤️❤️

  • Estelle dit :

    Ma belle
    Tu sais que je suis la et qu avec moi tu peux craquer …
    Je ne sais que trop ce que tu vis…
    Je t embrasse fort

  • L. dit :

    Plein de bisous ma belle ton article est très touchant.

  • Les remarques « bienveillantes »… Ce sont les plus dures à entendre. Car elles partent d’un bon sentiment. Car elles parlent à notre cerveau, on est capables de les comprendre et de les analyser rationnellement. Car on sait ce qu’elles veulent dire au fait, on sait qu’elles se veulent réconfortantes. Mais le cœur lui… il souffre. Et c’est tout, il bloque tout le reste. Je t’embrasse <3

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