Extraordinary people : Michael Jeremiasz

Dans la vie, on a parfois la chance de croiser des gens assez extraordinaires…
 
Des gens dont le parcours, le discours, les actes ou, tout simplement, la façon de vivre, nous inspirent, nous poussent à mieux faire, à mieux comprendre, à mieux vivre.
 
Dans cette nouvelle rubrique, c’est de ces gens dont je suis admirative, et que j’ai la chance de connaître ou d’avoir un jour croisé la route, dont j’ai envie de vous parler, et de vous présenter via une « petite » interview…
 
Je commence aujourd’hui avec Michael Jeremiasz, joueur professionnel de tennis en fauteuil.
 
Quadruple médaillé aux Jeux paralympiques, dont une en or en double en 2008 à Pékin, numéro 1 mondial en 2005, vainqueur de l’Open d’Australie et de l’US Open… Il en impose !
 
Mais Michael Jeremiasz, pour moi, c’est avant tout un pote de lycée.
Un beau gosse qui, en plus d’être gentil et drôle, a oublié d’être con.
Celui avec lequel je faisais des âneries dans la cour ou en voyage à Barcelone…

 

MJ & moi lycée

Interdit de rire ou de se moquer hein…
 

En 2000, suite à un accident au ski, Michael est devenu paraplégique et, après des premières années évidemment difficiles et de terribles efforts, il s’est offert une vie à sa mesure.
 
Une vie incroyable, tout en restant le mec sympa et abordable que j’ai toujours connu, et qui m’a tout de suite dit oui quand, au téléphone, je lui ai parlé de mon envie d’une interview de lui pour mon petit blog chéri…

 

Michael Jeremiasz 2

 

 

Hello Michael !
Alors… Il y a quelques jours, tu as « fêté » tes 16 ans en fauteuil…
Bon « fêter » n’est pas vraiment le bon mot mais quel regard portes-tu sur ces 16 années ?

 
Alors d’abord, si si, je le fête…
Je ne fais pas une soirée pour ça mais il m’est déjà arrivé, quand ça tombait un samedi ou un vendredi, de sortir le jour de ma date anniversaire… Parce qu’en fait, ça m’a apporté une vie pas ordinaire.

Depuis que j’ai eu mon accident je vis une vie assez incroyable, je vis plusieurs vies à la fois dans lesquelles je m’éclate.

J’ai eu 4 années très difficiles, les 4 premières, avec des hauts et des bas, et depuis maintenant 12 ans, depuis 2004, l’année de mes premiers jeux paralympiques et où j’ai arrêté de voir mon psy, ça va bien.

2004 correspond à l’année où, pour moi, la question du handicap ne s’est plus posée dans ma vie.
Depuis 12 ans, quand ça ne va pas, ça n’a rien à voir avec le fait d’être en fauteuil roulant.
 
Alors, pourquoi ne pas fêter ça ? Je ne fête pas  la journée, je ne fête pas mon accident parce que c’était douloureux pour mes proches et moi, mais je fête la vie.
Cette deuxième vie extraordinaire que cet accident m’a offert et qui a commencé le 07 Février 2000.
 
Elle a été dure au début, 4 ans difficiles de reconstruction… Le retour à la fac et en soirées, la mise en place de nouveaux projets et la découverte du tennis en fauteuil.
 
J’étais joueur de tennis valide avant mon accident et j’ai découvert le tennis en fauteuil… Ca ne m’a pas plu tout de suite, c’était dur, c’était frustrant de ne pas pouvoir se déplacer parce que la mobilité met un certain temps à se maîtriser mais ensuite, depuis 2004, ce sont des années dorées…
 
Voyages à travers le monde, participation aux jeux paralympiques…

Difficilement « dorées » quand même… Je veux dire, le tennis en fauteuil ne rapporte pas, pour l’instant en tout cas, des milles et des cents…
 
Alors oui, difficile parce que pour en vivre il faut trouver des sponsors…

Moi, j’ai été chanceux parce que tout au début mes parents m’ont aidé sur mes premiers tournois en France et en Europe.

En 2003 j’ai commencé à avoir quelques petits partenaires et, après les jeux d’Athènes (deux premières médailles paralympiques), l’année suivante en fait, je devenais numéro 1 mondial et le groupe Lagardère me sponsorisait. D’ailleurs aujourd’hui, c’est toujours l’un de mes partenaires principaux.

Ensuite, à force de titre, j’ai réussi à avoir d’autres sponsors.

 

Quel est ton meilleur souvenir, à part les JP 2008, en tant que sportif pro ?
 
Bah pourquoi t’enlèves ces jeux ?!  Bah parce que là, c’est TROP évident !
 
Meilleur souvenir… Il y en a plusieurs !
 
Mon premier titre de champion de France en 2001.
J’ai mon accident en février 2000 et en novembre 2001, je suis champion de France.
 
Mes parents, mes frères, mes proches sont venus me voir et là je gagne les championnats de France donc ça arrive super vite… Ca fait à peine 1 an que je suis en fauteuil roulant, on ne sait pas trop de quoi l’avenir sera fait donc c’est un mélange de bonheur, d’espoir mais aussi de grande émotion pour mes proches.
Moi j’étais hystérique. 

Parce que c’était rapide ?
 
Oui, parce que c’était rapide… En fait, tous les évènements heureux qu’il y a eu après l’accident donnaient, à chaque fois, de l’espoir pour accéder au bonheur individuellement et familialement.
 
C’est à dire que, par exemple, quand je me suis retapé une meuf au centre de rééducation…

 
[là je ris parce que Michael, mon pote et pas le type de la télé, arrive toujours à placer une allusion au sexe dans une conversation]

 
Non, non mais c’est important ! C’est important parce que ça fait partie de la reconstruction.
C’est un des premiers trucs qui a fait que je me suis dit que j’allais pouvoir reprendre une vie normale et, à priori, heureuse.
 
A 18 ans tu ne te poses pas la question de savoir si tu vas pouvoir remettre un pied devant l’autre, c’est pas le plus important…
C’est est-ce que je peux avoir des relations sexuelles et surtout, est-ce qu’on va avoir envie que j’en ai ?! Donc rassuré de voir que « mécaniquement » ça fonctionnait et que je pouvais trouver des partenaires.
 
Mais pour en revenir aux souvenirs…
 
Il y a aussi mon premier titre à Wimbledon.
C’est le premier Wimbledon de l’histoire, en 2005. Je le gagne avec un joueur anglais, Jayant Mistry, qui était un de mes meilleurs potes à l’époque sur le circuit.
On gagne en sauvant deux balles de match et en gagnant 7-6 au troisième set, donc un match de malade, avec une émotion particulière.
 
Il y a aussi ma victoire à l’US Open en 2005, quand je deviens numéro 1 mondial… Ca c’est un souvenir particulier. Pas parce que je le gagne mais pour ce que ça représentait… Etre le meilleur du monde de sa discipline.
Ca te remplit de fierté… Je me suis accordé quelques jours pour me la raconter et puis mes frères m’ont remis vite fait les pieds sur terre.
 

 
Quand je t’ai vu gagner les JP en 2008… J’ai été hyper fière de toi et je me suis dis « Merde ! Michael quoi… Champion Paralympique ».
Le petit con du lycée qui vient de gagner les JP… Est-ce qu’il réalise ? Comment il vit le fait qu’il entre dans l’histoire du sport… Qu’il sera dans les livres d’histoire, qu’il marque l’histoire de son sport.
Comment tu fais pour prendre du recul, garder la tête sur les épaules, rester accessible ?
  
Je te le disais juste avant… Mes frères. Ce sont mes gardes fous.
 
Mes parents peuvent être plus facilement, notamment mon père, « fans de »… Surtout sur l’aspect sportif.
Mon père c’est la première personne que j’appelle quand je gagne un match de tennis.
La première… Avant mon entraineur, avant mes frères, avant ma femme…
C’est avec lui que je partage le plus ma carrière sportive depuis toujours…
 
Mais bon, le truc c’est que lorsque je gagne une médaille ou un titre, mes frères sont toujours là.
Mon petit frère étant d’ailleurs tellement là qu’il  vient en tournois avec moi depuis 2 ans et jusqu’aux prochains jeux.
 
Et, simplement, on sait ce que c’est que la vie…
Donc quand, à un moment donné, t’es le meilleur du monde… T’es le meilleur du monde de quoi ?
T’es le meilleur du monde des mecs qui, dans un fauteuil roulant, tapent le mieux dans une balle jaune.
Alors oui, je suis fier, super fier même évidemment, mais je relativise.
A l’échelle d’une humanité ça représente pas grand chose…
 
Quand, par exemple, je sors mon bouquin et que je fais le Grand Journal, mes frères et moi on va fêter ça mais on sait que c’est éphémère, parce qu’on connaît les médias…
 
Le jour où je ne deviens plus accessible, je me prends une torgnole par l’un de mes frères mais ça n’arrivera pas.
 

  
D’après toi, le regard de la société sur le handicap et l’intérêt médiatique pour le handisport ont-ils bien évolué ?
Que faudrait-il faire pour que ça s’améliore ?

 
La société est plus réceptive mais on a énormément de retard par rapport à d’autres pays occidentaux qui n’ont pas plus d’argent que nous et qui ne sont pas plus intelligents que nous.
 
Aujourd’hui, les personnes handicapées sont l’une des minorités les plus discriminées en France… L’accès au travail, à des logements adaptés, à la culture, aux loisirs, au sport et même à l’éducation car toutes les écoles ne sont pas accessibles.
 
Il y a un travail considérable à faire… C’est mieux qu’il y a 15 ans mais on est encore très loin et, pour moi, le regard des gens c’est le travail principal à faire.
Banaliser la différence, revendiquer aussi le droit à l’indifférence.
C’est quelque chose qui prend du temps…
 
Les médias, peu à peu, s’emparent du sujet et on est plus familiarisé avec le handicap grâce à certains grands évènements comme Roland Garros, les jeux paralympiques ou le téléthon qui est toujours aussi populaire.
Le handicap est quelque chose dont on parle et c’est bien… Il y a de plus en plus de reportages et d’associations qui se développent et mettent des évènements en place.

 

michael jeremiasz 3
 

 
En parlant d’association… Il y a la tienne, Comme les autres, qui emmène de jeunes handicapés dans des endroits plutôt sympas !

 
Alors, pas que des jeunes mais des gens récemment handicapés, victimes d’un accident de la vie. On les emmène dans des milieux hostiles pour des personnes en fauteuil roulant (montagne ou mer) pour pratiquer des activités sportives à sensations fortes.
 
Ils viennent d’avoir un accident, de sortir de centre de rééducation, ils sont encore fragiles physiquement et psychologiquement, pas encore tout à fait autonomes… Et nous on les met sur des skis, dans un bobsleigh, sur un parapente, on va les faire sauter à l’élastique ou faire de la plongée sous glace et on va leur dire que s’ils sont capables de faire ça, ils peuvent faire bien d’autres choses, notamment affronter l’hostilité de la société.
 
C’est, pour eux tous, une expérience très enrichissante, qui les change à jamais… Personne n’est revenu en disant que c’était trop dur. Ca les rend plus forts et ils vivent des expériences sportives et humaines assez exceptionnelles.
 
On propose ensuite un accompagnement social global à chaque participant handicapé qui le souhaite pendant au moins 1 an… C’est à dire les aider dans les démarches administratives, à trouver un logement, une formation ou un emploi, les aiguiller vers un sport parce que lorsqu’on est handicapé c’est important car il y a beaucoup plus de risque de santé puisque l’on est sédentaires.
 

 
Ton prochain gros objectif ce sont les jeux paralympiques de RIO 2016… Et après ? Quels sont tes projets ?

 
Après les Jeux, j’arrête.
 
J’ai ma boîte, Alegro consult, je serai consultant en entreprise et je ferai des conférences.
Il y a aussi Handiamo, une entreprise dans laquelle je suis associé et donc Comme les autres, l’association dans laquelle j’aimerais plus m’investir, en tout cas plus que maintenant.
 

 
Qu’est ce qui va le plus te manquer ?
 
La partie fun des voyages ! Partir partout dans le monde… Pas le sport parce que je continuerai à en faire mais pas de façon compétitive. 

 

D’un point de vue plus personnel maintenant… Tu vas bientôt être papa et, sans faire de psychologie de comptoir, quel ressenti as-tu vis à vis du regard du corps médical sur toi en tant que futur père en fauteuil ?

 

Très bon. Sûrement meilleur que pour un père valide…
 
Pour deux raisons.
 
D’abord le fauteuil roulant fait qu’il y a une sensibilité accrue  à la position du père handicapé qui, lui, a dû gérer les problématiques liées à son accident et va, potentiellement, en chier plus qu’un père valide de manière pratique.
Pratique parce que d’un point de vue psychologique je ne pense pas que ça change grand-chose, on se pose tous beaucoup de questions en devenant parents… En revanche c’est plus facile par exemple pour un père valide de prendre son bébé dans ses bras que pour un père handicapé.
Moi ce sont ça mes questionnements ces derniers mois… Comment je vais faire ci, comment je vais faire ça…
 
Donc il y a ça et il y a aussi le fait que, lorsque tu parles à des médecins ou du personnel médical, tu dis ce que tu fais dans la vie.
Et pour moi, le fait d’être sportif de haut niveau et d’avoir accompli ce que j’ai accompli, même ceux qui n’en ont rien à faire du sport, généralement ça leur plaît et du coup, il y a une bienveillance peut-être plus importante.
En fait ça devient l’inverse, sûrement parce qu’ils veulent s’assurer de ne pas se retrouver à me discriminer parce que je suis en fauteuil.
 
 
Comme tous les futurs parents, la parentalité te fait sans doute un peu peur mais, quand étant en fauteuil, qu’est ce qui t’effraie le plus ?
 
Le premier où je le garderai tout seul…
Devoir tout gérer seul. D’avoir à le sortir du lit et une fois que j’ai réussi, l’amener sur sa table à langer etc etc…
En fait c’est que l’aspect pratique lié au fauteuil.

   
Pour finir, dis-moi Michael, c’est quoi ton orage en été ?  
 
Le sport. Surtout la prépa physique parce que c’est un exutoire. C’est là que je me fais le plus mal, où j’ai le moins de temps pour réfléchir… je parle des séances intenses.
En tant que sportif, aller à son maximum, cette espèce d’autodestruction positive, ça me fait beaucoup de bien.
 
Après il y a aussi les moments où je me sens le plus à même d’exprimer des choses, quand j’agis pour des causes qui me semblent juste.
Quand je vais faire une conférence pour une boite, où je vais contribuer au changement de regard de cette entreprise sur la question du handicap, quand je vais dans une école… Quand je me sens utile quoi.
 

 
Merci Michael !

 

 

Depuis que l’on s’est vu et qu’il a, très gentiment, répondu à mes questions, Michael est l’heureux papa d’un petit garçon qui s’appelle Mylo. Il a également été désigné porte-drapeau pour les JP ! Encore toutes mes félicitations gros et GO GO GO pour les JP !!!

 

michael jeremiasz porte drapeau

 

Les jeux paralympiques de RIO auront lieu du 7 au 18 septembre et devraient, normalement, être médiatisés puisque France Télévision prévoit plusieurs heures de direct par jour !
 
Pour en savoir plus sur l’association Comme les autres et sur les autres entreprises dans lesquelles Michael est investi, je vous invite à cliquer sur les liens dans l’article !
 
Et, pour en savoir plus sur Michael lui-même, je vous conseille vivement de lire son livre : Tant d’histoires pour un fauteuil.
 
 

 
 
 

 
 

4 commentaires

  • Claire dit :

    Alors 2 choses :
    Bravo à toi de nous faire découvrir ce monsieur, j’espère que tu auras beaucoup d’autres personnes à nous présenter.
    Et puis félicitations monsieur pour ce petit bout qui vient d’arriver. Je suis ravie de lire cette interview, et vous souhaite bonne chance pour les jeux qui arrivent! Quelle carrière en tout cas!
    Bravo à vous et faites nous rêver aux JP avec toute la délégation française!

  • Kid Friendly dit :

    Très belle interview. Je ne le connaissais pas mais quel parcours. Ma mère est malvoyante et je sais qu’il y a du boulot à faire pour les personnes ayant un handicap.
    Bienvenue à Mylo et xxxxx pour les jeux

  • Une superbe interview ! Une superbe personne. J’admire sa simplicité et surtout sa persévérance. Il a su trouver le courage et la force d’orienter sa vie en fonction de son handicap et de manière grandiose ! Il a su se poser les bonnes questions et prendre les chemins qu’il voulait, avec en prime une carrière sportive magnifique !
    Une nouvelle aventure avec la venue de ce petit garçon, félicitations aux parents et bienvenu a ce bout de choux. Merci pour cette belle interview. Bravo a Michael !

  • Manu (Esteolia) dit :

    Un petit coucou parce qu’on est le 7 sept, ça y est, ils y sont!
    Quel courage qu’ils ont tous.
    Aller les bleus!!

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