L’amitié au bout des mots

Il y a un tout petit peu plus d’un an, ma plus petite chipie commençait ses rendez-vous hebdomadaires avec son orthophoniste.

 

Car, il y a un peu plus d’un an, cette demoiselle ne prononçait pas plusieurs lettres et, surtout, ne finissait jamais ses mots…

 

« Je e une bana », « maman ien oi », « c’est bon la compo de po »…

 

Parfois ça donnait des phrases vraiment étranges que j’étais la seule à comprendre totalement, suivi de près par mon mari et ma fille ainée.

Nos proches eux essayaient de deviner ou nous demandaient simplement.

 

Ca ne m’inquiétait pas. Elle avait 3 ans et je me disais qu’elle allait simplement à son rythme.

Elle avait marché et fait tout un tas de choses avant sa sœur qui elle, à l’inverse, avait parlé très tôt, alors vraiment je ne me faisais pas trop de souci.

 

Et puis, elle est rentrée en maternelle et, comme n’importe quel parent, je me suis demandé si tout se passait bien, si elle aimait sa maîtresse, si elle écoutait en classe, si elle se faisait des copains…

 

Bien sûr, je lui posais tout plein de questions mais elle me répondait juste qu’elle aimait l’école, que sa maîtresse était gentille mais les enfants pas trop et qu’elle n’avait pas joué…

 

J’étais contente et, au début, la dernière partie ne m’a pas turlupiné plus que ça… Des enfants ce sont des enfants et ma petite ne manque pas de caractère… Alors bon.

 

Et puis, quand même, au bout d’un moment, j’ai trouvé ça bizarre… Je lui demandais ce qu’elle aimait à l’école et elle me disait qu’elle aimait tout sauf la recréation et les autres enfants.

 

Et peu à peu, elle n’a plus eu tellement envie d’y aller…

 

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Il se trouve que les écoles de mes filles sont reliées au niveau de leurs cours de récréation.

Une grille les sépare mais les enfants peuvent se voir, se parler et même se toucher à travers les barreaux.

Ma grande peut donc voir sa petite sœur à chaque pause et c’est quand, après un mois d’école, je lui ai demandé si elle savait ce qu’il se passait, que j’ai commencé à m’inquiéter.

 

A chaque récréation, ma petite allait vers les autres enfants pour jouer mais ils se moquaient et la rejetaient car ils ne la comprenaient pas… Alors, elle passait son temps seule, assise sur un banc ou accrochée aux barreaux, à regarder sa sœur s’amuser avec ses amies dans la cour d’en face, et à l’appeler parfois en pleurant pour ne pas toujours être seule.

 

Après m’avoir expliqué la situation, ma grande m’a dit « Maman, j’ai essayé de passer les récréations près d’elle et de lui faire plein de bisous pour la consoler, et je ne voulais pas te le dire pour pas que tu t’inquiètes mais j’aimerais bien pouvoir jouer avec mes copines… Est–ce que je suis une méchante sœur ? »

 

J’ai eu le cœur dans la gorge.

 

J’ai pris le carnet de correspondance de ma plus petite et, en même temps que j’écrivais un mot pour solliciter un rendez-vous avec sa maîtresse, je téléphonais aux orthophonistes de ma ville pour en voir un au plus vite.

 

J’ai vu la maitresse le lendemain et mon mari, ma fille et moi, avons rencontré l’orthophoniste la semaine suivante.

 

La maitresse m’a confirmé qu’effectivement elle avait du mal à la comprendre, que ça rendait les choses un peu compliquées et que faire un bilan orthophonique serait une bonne idée mais qu’elle ne s’inquiétait pas car ma fille comprenait les consignes et faisait le travail comme les autres.

 

L’orthophoniste a commencé le rendez-vous en faisant ce fameux bilan en tête à tête avec notre chipie puis nous a dit qu’il n’y avait pas de quoi se faire du souci, que la petite avait peut-être un peu de retard mais rien qui ne nécessite vraiment un suivi dans l’immédiat, peut-être dans quelques mois…

 

Je la voyais déjà refuser de la prendre, pensant sans doute que j’étais venue d’avantage pour moi que pour elle, et je ne pouvais pas laisser ma fille dans cette situation plus longtemps…

 

Alors j’ai insisté, je lui ai dit que si j’avais pris rendez-vous ce n’était pas parce que ce défaut de prononciation m’ennuyait moi mais parce qu’il devenait ennuyeux pour elle.

Il l’empêchait d’avoir des rapports normaux avec les autres enfants. Elle se retrouvait seule et moquée, et je refusais que ma petite qui aimait tant aller à l’école finisse par détester ça, à cause de ça.

 

Je lui ai tout expliqué, elle a écouté attentivement et quand j’ai terminé, elle s’est simplement tournée vers ma fille et lui a dit… « Bon, on se verra toutes les semaines et tu auras très vite plein de copines, d’ac ?».

 

Je pense que ma fille a tout de suite compris que c’était important pour elle et pas une fois elle n’a râlé en allant à ses rendez-vous.

 

Quelques semaines plus tard, ses progrès étaient incroyables et ma fille n’était plus seule dans la cour… Petit à petit, elle a commencé à me raconter à quoi et avec qui elle avait joué à la récré.

Quelques mois après, elle fêtait son anniversaire et avait tellement de copains et copines à inviter que j’ai dû la limiter !

 

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(Pour info: Robe Lindex et bottines Gap)

 

Aujourd’hui, les séances avec l’orthophoniste sont terminées…

La semaine dernière elle lui a dit : « Tu as des copines maintenant ? », « Trop ! » lui a répondu ma chipie, « C’est parce que tu parles bien maintenant alors tu n’as plus besoin de moi ».

 

Bien sûr, c’est une enfant de 4 ans et il arrive qu’elle prononce mal certains mots mais comme n’importe quel enfant de son âge, et aujourd’hui tout le monde la comprend parfaitement bien.

 

Aujourd’hui quand je lui demande ce qu’elle aime à l’école, elle répond qu’elle aime tout mais SURTOUT la récré et ses copines ! Ah, et puis…

Elle a même un amoureux !

3 commentaires

  • Tu m’as mis les larmes aux yeux (bon… je suis bourrée d’hormone donc un tout petit peu plus sensible que d’habitude, mais quand même!). Elle est très belle l’histoire de ta fille. Moi j’ai vraiment peur de voir un jour la mienne rejetée par les autres enfants. Je me sentirai tellement impuissante… Allez, j’essaye de ne pas y penser…

  • mamanwhatelse dit :

    Oh lalala ils sont pas sympas ces enfants! Le retard de langage on connaît bien ici : Litlle B traîne le sien depuis la petite section. Il est rentré en maternelle sans prononcer un mot. Ma plus grosse peur c’était qu’il soit mis de côté par le reste de la classe du fait de sa non communication. J’avais fait part de les craintes à sa Maitresse qui m’a très vite rassurée : c’était lui le centre du groupe!!!
    Aujourd’hui 3 ans après il a progressé même si parfois il parle encore petit indien (moi hug!) et qu’il lui manque encore des sons (on ne le comprend pas forcément à la première écoute si on ne fait pas attention) mais cette année en CP il m’a scotché : il a été élu délégué! J’ai du demander à la Maitresse si c’était vrai tellement je n’y croyais pas!!!
    Bravo à ta puce, je rêve du jour où je n’aurai plus écrit orthophoniste dans mon agenda et c’est pas encore pour tout de suite!

  • Je suis contente de voir que cette prise en charge a porté ses fruits, c’est un peu le graal d’entendre que « il n’y a plus besoin » !, je suis comme mamanwhatelse je rêve de ne plus l’avoir dans l’agenda :) Mon fils a commencé l’orthophonie en janvier, et je sais que nous sommes partis pour des années, donc je fais avec. Il s’entend très bien avec l’orthophoniste, fait des progrès à son rythme, c’est long mais c’est pour son bien alors on s’accroche ! J’appréhende un peu la suite, ça a du être dur pour vous de voir votre pitchoune mise de côté, pas toujours facile de gérer ça !

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