L’heure des emmerdeurs

Quand j’ai commencé à sortir le soir, parmi les nombreux conseils de mes parents, il y avait évidemment celui de ne pas rentrer trop tard mais surtout, à partir de minuit, d’essayer d’être accompagnée…

 

Minuit, pour la jeune fille que j’étais et la femme que je serais, ça devenait l’heure où le carrosse se transforme en citrouille, l’heure qui craint, l’heure qui fait peur, l’heure des emmerdeurs.

 

J’ai « la chance » d’avoir un fichu caractère, du répondant et d’avoir toujours su (et surtout pu) me défendre parce que, bien sûr, je ne suis rentrée ni tôt ni seule très souvent et j’ai eu à faire à bon nombre d’abrutis congénitaux incapables de maîtriser leurs hormones à la vue du moindre bout de chair féminin.

 

Parfois, ils n’ont même pas besoin de voir un bout de peau pour s’enflammer d’ailleurs.

 

A cette époque-là, les emmerdeurs de la nuit n’avaient rien à voir avec ceux que l’on pouvait croiser en journée.

 

En journée, on se faisait siffler, aborder, draguer lourdement mais ce n’était généralement pas violent.

En tout cas, c’est le souvenir que j’en ai… Mais, peut-être ai-je eu beaucoup de chance.

 

La nuit en revanche, on se faisait insulter… Parfois de façon extrêmement violente et avec moult détails sur la façon dont ces porcs envisageaient un rapprochement physique.

Pire, ils se permettaient parfois même de passer le cap, de nous toucher.

 

Mais c’était « simple », pour éviter d’être emmerdée, il suffisait de ne pas rentrer « après minuit » ou d’être accompagnée.

 

Et puis les années ont passé et, peu à peu, l’heure des emmerdeurs a changé.

 

En fait, non, elle a tout bonnement disparu.

 

Aujourd’hui, tu peux te faire murmurer à l’oreille des horreurs, insulter violemment, recevoir un niveau élevé d’immondices verbales à n’importe quelle heure de la journée.

 

« Sale pute» à 8h du matin.

Et bonne journée, non ?

 

Aujourd’hui, il n’y a plus de cap à franchir, la limite n’est plus qu’un souvenir, les mains sont bien plus que baladeuses.

Se faire tripoter dans les transports c’est presque devenu banal.

 

métro

 

Comment en est-on arrivé là ? Quand ? Pourquoi ?

 

Est-ce que c’est parce qu’on a détourné le regard, qu’on a marché plus vite ou qu’on s’est même carrément caché à chaque fois qu’un emmerdeur s’en prenait à nous ?

 

« Ignore-les et éloigne toi vite » on me disait…

 

Est-ce qu’au contraire on aurait dû, toutes, nous arrêter à chaque fois et leur en coller une bonne pour leur rappeler qu’il existe une limite ?

 

Au risque de provoquer autre chose, quelque chose de pire ?

 

Parce qu’au fond, c’est ça le souci… C’est la peur du « pire que ça ».

 

Si on ne s’arrête pas pour déboiter la mâchoire du connard qui nous traite comme si notre corps était un open bar, c’est parce qu’on a peur de ce qu’il pourrait nous faire de pire que ça.

 

Et ça me rend folle de rage.

 

Ca me met dans une colère noire quand je pense comme on est super angoissées à chaque fois qu’on ose un décolleté, met un short, une jupe ou une robe un tant soit peu courte ou moulante.

 

A tel point que certaines ne le font plus d’ailleurs.

 

Ca me met dans une colère noire de savoir qu’on doit sans cesse surveiller nos arrières, éviter certains lieux, faire preuve d’ingéniosité pour éviter les confrontations avec ces emmerdeurs. 

 

Mais qu’est ce que je peux faire ?

 

Je ne sais pas trop mais je vais commencer par lire tous les articles, encourager et soutenir toutes les associations et les opérations, aussi petites soient-elles, mises en place contre le harcèlement de rue.

 

Je vais continuer à montrer mes jambes si j’en ai envie.

 

Je soutiendrai la nana que je verrai se faire emmerder parce qu’à 2 on est plus fortes et qu’un jour on sera peut-être 3 ou 4 contre l’emmerdeur…

 

Qui sait, un jour, c’est peut-être lui qui face à un groupe de nanas en colère détournera le regard et s’éloignera en marchant plus vite…

 

Je suis peut-être une utopiste mais il paraît que ce sont les utopistes qui font avancer l’histoire…

 

 

Ce billet fait écho à celui de Natacha

 

 

1 commentaire

  • Manu (Esteolia) dit :

    C’est ce qui me retient aussi, maintenant que j’ai des enfants, le « pire que ca ».
    Avant c’était direct un « fuck », un bon doigt bien franc les yeux dans les yeux.
    Mais maintenant je ne suis plus seule, c’est trop risqué…
    Je n’en fais pas grand cas, je les ignore.
    Tous ces articles sont touchants et révoltants, et donnent du courage en même temps!
    <3

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